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Charleroi

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    RUN SOFA

    RUN SOFA

    • JULIEN & ANTOINE
    • 36 & 28 ANS
    • GUITARISTE & CHANTEUR DU GROUPE RUNSOFA 

    Artistes carolos en pleine construction, J’ai connu Antoine et Julien via Instagram. Il m’était impossible de ne pas rencontrer ce duo musical alternatif. J’ai donc eu l’honneur de discuter autour d’une limonade bio (oui oui celle du pain quotidien) avec Antoine, notre chanteur.

    Qui se cache derrière ce nom incongru ? Le succès est-il au rendez-vous ? J’ai tenté de comprendre leur univers et de vous en dévoiler une partie, c’est parti !

    Les origines du groupe :

    Inséparables, Julien et Antoine se connaissent depuis leur plus jeune âge. Et pour cause, ils sont cousins. Élevé dans une famille de musiciens à Marcinelle, ils ont chacun expérimenté avant d’entamer cette belle aventure. « Ça s’est fait naturellement parce que on traînait tout le temps ensemble ».

    Julien, de 8 ans son aîné a commencé la musique dès 6 ans pour faire ses premières scènes à 14 ans. Antoine a suivi ses pas dès qu’il en a eu l’occasion. Mais vivre de leur passion n’était tout simplement pas envisageable. Parti sur Bruxelles pour leurs études, ce fut un élément déclencheur dans leur carrière. Il y avait, dans cette ville, des possibilités de rencontres, un public et des centaines d’endroits où jouer. La clé de la réussite ? Le perfectionnisme. « On a toujours fait de la musique mais on le pousse le plus loin possible » et, comme par magie, d’un petit café de la capitale ils sont passés à la scène de Dour.

    Pourquoi run SOFA ?

    Pourquoi ce nom de scène ? Antoine reste vague… Délire entres potes, signification profonde ? Il se perd un peu dans ses explications mais la racine reste la chanson de George Harrison ; run so far. Enlever le « r » et le tour est joué !  Ce jeu de mots est en fait très représentatif pour eux car il a pleins de connotations différentes.

    Musique :

    Cette année a été marquée par leur entrée à Dour Festival. Certainement le lieu le plus connu à mes yeux dans leur parcours musical, ils ne sont pourtant pas à leur coup d’essai. Pour Antoine, il perçoit cette scène comme une belle étape dans leur parcours qui est loin d’être terminé !

    Des rêves musicaux ?

    Étonnamment, pas spécialement. Le chanteur voit les choses d’une manière plus globale ; ce qui l’intéresse n’est pas de jouer sur une scène spécifique ou de réussir à remplir une salle particulière. Continuer à faire de la musique et des concerts avec un public toujours au rendez-vous est, par contre, un de ses souhaits les plus chers.  « C’est simple mais juste suffisant pour rêver » me raconte-il. 

    Le vif du sujet : leur univers musical :

    « On a envie de faire une musique qui est honnête, a un message et est revendicatrice ».

    Amoureux du rock durant son âge d’or, ce style musical était basé sur des messages profonds et des envies de changer le monde. Quand elle est devenue populaire, elle a perdu tout son sens. Le hip -hop d’aujourd’hui a repris les codes du rock d’antan et c’est pourquoi ils sont à la charnière de ses deux genres.

    Ado, ils se sont longtemps sentis privés d’expression. En plein déclin, Charleroi n’avait pas les infrastructures adéquates pour faire émerger des talents ou donner la possibilité aux jeunes d’extérioriser leur créativité.

    « On se sentait démunis face à tout ça, on avait envie de faire des choses mais les gens ne te donnent pas la parole et ne te prend pas au sérieux. » À force d’avoir trop emmagasiner, cela est ressorti sous forme de musique et de textes profonds chargés de sens. Entre autres, le morceau « Papillon » traitant de l’homosexualité. 

    Leurs inspirations :

    Après avoir entendu leur musique, je n’arrivais pas à identifier leur style. Éclectique, je voulais savoir où ils puisaient leurs inspirations. Il m’explique que la scène américaine reste une grosse source d’idées avec notamment Mykki blanco (rappeur), Death gripsHo9909 plus tourné vers l’heavy metal,  ou encore Aurora venant des pays scandinaves. Ces artistes ont été pionniers dans leur processus créatif et c’est dans cette optique que se positionne run SOFA. 

    Antoine m’explique que la scène de rap alternatif n’est pas encore répandue en Belgique et c’est pourquoi je les trouvais unique en leur genre. Il reste humble par rapport à ma remarque et pour lui, il n’a rien inventé même si à Charleroi c’est totalement innovant. Il se définit plus comme contemporain dans leur domaine.

    Réussissent-ils à vivre de leur passion ?

    Actuellement, run SOFA est autonome. Ils réussissent à générer assez d’argent pour créer un album mais pas encore assez pour se rémunérer. 

    La Belgique est un petit pays avec peu de scènes intéressantes m’explique Antoine. Une fois que les grosses villes ont été parcourues comme Bruxelles, Namur, Charleroi, Liège et parfois Mons, ils sont obligés de voyager (ce qui coûte encore de l’argent) comme en France, en Angleterre ou en Flandre. À force de changer de lieu, ils restent encore une découverte pour les gens. Le challenge est de les convaincre pour qu’ils achètent une place de concert ; le seul moyen pour gagner sa vie en tant que musicien.  

    Charleroi et la musique ?  

    Bruxelles aurait été l’élément déclencheur (comme expliqué plus haut) mais pourquoi Charleroi n’a pas pu jouer ce rôle ? D’après eux, notre ville ne met pas assez les artistes en valeur. « Nous avons un complexe d’infériorité par rapport aux autres villes ». De plus, Antoine constate que la période de déclin à Charleroi a laissé des séquelles sur la perception qu’on les carolos face à leurs projets.  

    Heureusement, la roue tourne et être carolo devient un avantage. Les gens ont déjà entendu parler de Charleroi mais ne sont jamais venus. Les artistes agissent alors comme des porte-paroles.

    La solution ?  

    Pour promouvoir les talents musicaux, l’idéal selon le chanteur serait de créer des « cafés-concerts ». Certes Charleroi possède 3 salles importantes ; celle du Vecteur,  de l’Eden, et le Rockerill. Des petites scènes avec du partage entre le public et l’artiste comme dans les années 90 ont toutes disparues.

    « Parfois on a besoin d’expérimenter et on n’est pas prêt pour jouer dans des grands scènes »

    3 adresses à conseiller ?

    Le Rockerill est pour eux une évidence. « Je considère Mika comme mon père spirituel. » Crée il y a plus de 10 ans maintenant, le Rockerill a été le pionnier dans la reconstruction de Charleroi. Salle de concert dans d’anciennes forgeries, elle est le symbole de Charleroi. Amoureux du concept, c’est avec joie qu’ils viennent jouer dans cet endroit unique.

    Sans allure est devenu sa référence vintage pour de fringuer. Bomber rétro, couleurs acidulées… Sa maman chinait déjà pour lui en étant enfant et il n’a jamais perdu cette habitude ! 

    Hormis ces deux adresses incontournables d’après lui, Antoine préfère rencontrer les gens que les endroits car « ce sont les gens qui font l’endroit. Si tu prends la peine de les écouter, les gens vont se rendre compte que nous sommes super sympas et sommes prêts à leur tendre la main. » Nous avons une autre dynamique que dans une grande ville ; proche et chaleureuse, Charleroi est unique.

    Il nous conseille de flâner sur le marché ou même sur les terrils, symbole carolo mais terrain de jeu lorsqu’il était jeune, cela lui rappelle énormément de souvenirs. 

    Je me rends compte qu’Antoine pourrait être un bon Greeter. Fière de sa ville, il a une perception de Charleroi musicale avec des endroits inconnus du grand public.

    Charleroi dans 10 ans ?

    Sans surprises, il espère observer une vraie scène musicale avec pleins de petits groupes qui puissent représenter Charleroi à l’étranger. Le talent est présent mais les infrastructures manquent à l’appel. Il exprime aussi le souhait de voir une université à la ville haute pour qu’elle retrouve sa valeur d’antan. Il a de l’espoir car les travaux du bas de la ville ont porté leurs fruits.

    Le débrief’

    Rencontre détendue, Antoine ne se prend pas la tête mais a un objectif en tête : la musique. Avec Julien, ils comptent bien soulever des montagnes. Réel ovni dans leur domaine, la route est encore longue mais le succès sera, je suis sûre au rendez-vous.

    POUR RETROUVER RUNSOFA:

    Leur album “Say” est disponible sur Youtube, Deezer, Spotify… 

    Mes coups de coeur: Dissin’ & Silly dreams

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